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Geai bleu

Cyanocitta cristata

17 000 000 individus (population reproductrice nord-américaine)
Risque d'extinction Préoccupation mineure
Disperseur de grainesForêt tempérée
Geai bleu (Cyanocitta cristata)
Photo : Mdf, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Et si elle disparaissait ?

Impact Modéré
1 an

Sans geai bleu pour transporter des faînes de hêtre et des glands sur plusieurs kilomètres et les enterrer en réserve, la forêt perdrait dès la première saison de fructification un mode de dispersion à longue distance qu'aucun autre agent (vent, gravité) ne reproduit à cette échelle pour des graines aussi lourdes.

Documentée
Détail

Johnson, W.C. et Adkisson, C.S. (1985). Dispersal of beech nuts by blue jays in fragmented landscapes. American Midland Naturalist, 113(2), 319–324.

Sur des centaines de visites en forêt à l'automne, les geais bleus étudiés transportaient des graines jusqu'à plusieurs kilomètres de l'arbre source et les enterraient à une profondeur idéale pour la germination. Sans ce service, les faînes et glands ne se disperseraient plus que par gravité ou par le vent — sur quelques mètres, pas plusieurs kilomètres.

10 ans

En une décennie sans geai, les glands et faînes ne seraient plus semés qu'à quelques dizaines de mètres par les écureuils ou par gravité, plutôt que sur plusieurs kilomètres : les jeunes chênes et hêtres cesseraient de coloniser les clairières et les terrains ouverts éloignés des arbres porteurs, restant confinés à leur voisinage immédiat.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir de Johnson & Adkisson (1985), qui mesurent la distance de dispersion propre au geai, combinée au fait que les écureuils — l'autre disperseur mentionné dans la littérature — opèrent sur des distances bien plus courtes.

La distance de dispersion mesurée chez le geai (plusieurs kilomètres) contraste avec celle des autres agents disponibles une fois le geai disparu : la gravité (quelques mètres) et les écureuils, qui thésaurisent généralement plus près de l'arbre source. Sur plusieurs années sans geai, les nouvelles pousses de chênes et hêtres se concentreraient donc autour des peuplements existants plutôt que de coloniser les espaces ouverts.

Ce qui manque pour confirmer : La part exacte que les écureuils et la gravité pourraient compenser, et le délai précis avant qu'un recul de la colonisation des clairières devienne mesurable sur le terrain, restent à quantifier — cette extrapolation combine deux faits distincts (distances de dispersion du geai et alternatives disponibles) plutôt qu'une mesure directe de l'effet à dix ans.

100 ans

Sur un siècle sans geai, un massif forestier perdrait sa capacité à recoloniser rapidement une grande clairière ouverte par un feu ou une tempête : les chênes et les hêtres n'y reviendraient qu'en bordure, portés par le vent ou les écureuils, pendant que le centre de la clairière resterait dominé par d'autres essences pendant toute la durée où la forêt se referme.

Hypothèse
1000 ans

Sur un millénaire sans geais ni corvidés apparentés, les chênes et les hêtres regagneraient vraisemblablement un territoire perdu bien plus lentement que par le passé : après la dernière glaciation, leur vitesse de recolonisation de l'Amérique du Nord dépasse ce que la seule dispersion par gravité ou par le vent peut expliquer, ce qui pointe déjà vers un rôle clé des corvidés à cette échelle de temps.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir de Johnson & Adkisson (1985) et de la littérature sur la vitesse de migration postglaciaire des chênes : le mécanisme de dispersion à courte échelle de temps appliqué à une question de paléoécologie sur des millénaires.

Les modèles de migration postglaciaire des chênes en Amérique du Nord montrent une vitesse de progression difficile à expliquer par la seule dispersion passive des glands. Les corvidés, capables de transporter des graines lourdes sur plusieurs kilomètres, sont une explication plausible avancée par plusieurs paléoécologues pour ce décalage — le même mécanisme se reproduirait en sens inverse si les geais disparaissaient aujourd'hui.

Ce qui manque pour confirmer : Démêler la part des geais de celle d'autres agents (écureuils, changements climatiques eux-mêmes) dans la vitesse de recolonisation historique reste difficile à mesurer directement, faute de pouvoir observer directement un événement vieux de plusieurs millénaires.