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Morue franche

Gadus morhua

stocks du plateau néo-écossais et du nord-ouest atlantique effondrés…
Risque d'extinction Vulnérable
Cascade trophiqueMilieu marinSurpêcheCycle prédateur-proieDéclin catastrophique
Morue franche (Gadus morhua)
Photo : Hans-Petter Fjeld, Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.5)

Et si elle disparaissait ?

Impact Majeur
Sur une décennie

Une fois la morue retirée en masse du plateau néo-écossais, toute la chaîne alimentaire en dessous d'elle a basculé en cascade : les petits poissons pélagiques dont elle se nourrissait ont proliféré, le zooplancton dont ces derniers se nourrissent a chuté, et à l'échelon encore inférieur le phytoplancton a augmenté pendant que les nitrates disponibles diminuaient.

Documentée
Détail

Frank, K.T., Petrie, B., Choi, J.S. et Leggett, W.C. (2005). Trophic cascades in a formerly cod-dominated ecosystem. Science, 308(5728), 1621–1623.

L'étude s'appuie sur plusieurs décennies de données de suivi sur le plateau néo-écossais (Atlantique Nord-Ouest canadien). Avant l'effondrement, la morue et les autres grands poissons de fond dominaient l'écosystème et maintenaient les populations de petits poissons pélagiques (comme le lançon et le hareng) à un niveau bas. Leur retrait massif par la surpêche a déclenché une cascade trophique en quatre échelons — un des rares cas documentés d'une telle cascade à l'échelle d'un écosystème marin ouvert plutôt que dans un système fermé ou côtier.

Plus de 20 ans

Malgré l'arrêt de la pêche à la morue, la population n'a pas rebondi — au contraire, les petits poissons pélagiques devenus abondants se sont mis à dévorer les œufs et les larves de morue, inversant le rapport prédateur-proie et empêchant activement son rétablissement.

Documentée
Détail

Frank, K.T., Petrie, B., Fisher, J.A.D. et Leggett, W.C. (2011). Transient dynamics of an altered large marine ecosystem. Nature, 477, 86–89.

L'étude documente un mécanisme précis expliquant l'absence de rétablissement malgré plus de deux décennies de moratoire : les poissons pélagiques (hareng, lançon, capelan), devenus abondants après la disparition de leur prédateur, consomment désormais en masse les œufs et larves de morue — inversant le rôle prédateur-proie qui prévalait avant l'effondrement. C'est ce que les auteurs appellent une dynamique de consommation « en cavale » qui verrouille l'écosystème dans son nouvel état.

Par extrapolation

Les poissons pélagiques qui bloquent le retour de la morue ont eux-mêmes épuisé leur propre garde-manger de zooplancton et sont à leur tour en déclin — ce qui pourrait, avec le temps, desserrer le verrou et permettre un retour progressif vers l'état d'écosystème dominé par la morue.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir de Frank et al. (2011), qui documente le déclin des poissons pélagiques et la tendance à la hausse du zooplancton de grande taille sur la même période, sans confirmer que cette tendance se traduira par un rétablissement de la morue.

Les auteurs notent qu'une tendance vers une plus grande abondance de zooplancton de grande taille pourrait annoncer un retour graduel vers l'état antérieur de l'écosystème, mais le qualifient eux-mêmes de signal encore incertain plutôt que de rétablissement confirmé.

Ce qui manque pour confirmer : Aucun suivi publié depuis ne confirme si ce retour du zooplancton s'est traduit par une remontée mesurable de la biomasse de morue sur le plateau néo-écossais spécifiquement — à la différence du stock distinct du nord de Terre-Neuve, où un rétablissement a bien été mesuré.