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Krill antarctique

Euphausia superba

379 000 000 tonnes de biomasse totale (estimation)
Risque d'extinction Préoccupation mineure
Milieu marinEspèce clé de voûteChangement climatiqueCycle des nutriments
Krill antarctique (Euphausia superba)
Photo : Wayne Trivelpiece, Wikimedia Commons (Public domain)

Et si elle disparaissait ?

Impact Majeur
Depuis les années 1920

Le centre de répartition du krill s'est déplacé d'environ 440 kilomètres vers le sud depuis les années 1920, en suivant le réchauffement des eaux de surface — un déplacement mesuré directement, indépendant de la question de la chasse à la baleine.

Documentée
Détail

Atkinson, A., Hill, S.L., Pakhomov, E.A. et al. (2019). Krill (Euphausia superba) distribution contracts southward during rapid regional warming. Nature Climate Change, 9, 142–147.

Cette contraction méridionale menace de réduire la superficie d'habitat favorable au krill d'environ 30 % d'ici la fin du siècle selon les projections des mêmes auteurs — un stress qui s'ajoute, sans s'y substituer, aux effets historiques de la chasse à la baleine sur l'écosystème.

Sur plusieurs décennies

En éliminant la majorité des grandes baleines à fanons — les principaux prédateurs du krill — la chasse industrielle a modélisé une hausse d'environ 12 % de la biomasse de krill disponible, dont manchots (+17 %) et phoques (+12 %) ont pu profiter dans la foulée : c'est l'hypothèse du « surplus de krill ».

Documentée
Détail

Surma, S., Pakhomov, E.A. et Pitcher, T.J. (2014). Effects of Whaling on the Structure of the Southern Ocean Food Web: Insights on the Krill Surplus from Ecosystem Modelling. PLoS ONE, 9(12), e114978.

Modélisation de l'écosystème de l'océan Austral simulant le retrait des rorquals par la chasse baleinière du 20e siècle. En l'absence des changements de productivité primaire, le modèle prévoit effectivement un surplus de krill profitant aux autres prédateurs — confirmant, par la modélisation, une hypothèse déjà proposée à partir d'observations de terrain.

Sur 20 ans

Le bénéfice du « surplus » s'est révélé temporaire : un déclin marqué de la productivité primaire de l'océan Austral sur cette période a fini par dominer l'effet de la baisse de prédation, entraînant un recul en cascade de presque tous les groupes de l'écosystème — et les auteurs avancent que la disparition des baleines elle-même pourrait y avoir contribué, en réduisant le recyclage du fer qu'elles assurent par leurs déjections riches en fer.

Documentée
Détail

Surma, Pakhomov & Pitcher (2014), même étude — scénario complet intégrant le déclin de productivité primaire de 1975-1995.

C'est une boucle de rétroaction en apparence paradoxale : moins de baleines aurait dû, à court terme, laisser plus de krill disponible pour les autres prédateurs ; mais moins de baleines veut aussi dire moins de fer recyclé vers la surface de l'océan par leurs déjections, moins de phytoplancton, et donc moins de nourriture pour le krill lui-même à plus long terme — un mécanisme qui pourrait avoir neutralisé une partie du « surplus » initial.

Prochaines décennies

Si le retour des baleines restaure une partie du recyclage de fer perdu au 20e siècle, cela pourrait atténuer le déclin de productivité qui a neutralisé le « surplus » de krill — mais personne n'a mesuré si ce bénéfice peut aller assez vite pour compenser le recul de l'aire de répartition du krill dû au réchauffement.

Extrapolée
Détail

Extrapolation combinant Surma et al. (2014) et Atkinson et al. (2019), qui documentent chacun un mécanisme distinct sans les mettre en balance l'un par rapport à l'autre sur la période actuelle.

Le krill antarctique est un cas rare dans ce référentiel où deux mécanismes bien documentés tirent en sens opposé au même moment : le rétablissement des baleines pourrait jouer en sa faveur (fer recyclé) pendant que le réchauffement joue en sa défaveur (habitat en contraction). Lequel des deux domine à l'échelle du siècle reste à établir.

Ce qui manque pour confirmer : Aucune étude ne combine directement l'effet du rétablissement des populations de baleines et celui du réchauffement pour projeter la trajectoire nette de la biomasse de krill au 21e siècle.

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