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Chêne rouge

Quercus rubra

espèce commune et non menacée ; ce qui varie fortement d'une année à…
Risque d'extinction Préoccupation mineure
Espèce fondatriceSanté publiqueForêt tempéréeChangement climatique
Chêne rouge (Quercus rubra)
Photo : Peter Cooper Jr., Wikimedia Commons (CC0)

Et si elle disparaissait ?

Impact Élevé
1 an

Sans chêne rouge, la chute de glands cesse net : selon un suivi de treize ans dans les forêts de feuillus de l'État de New York, une disette de glands fait s'effondrer la population estivale de souris à pattes blanches — et comme ces souris sont un prédateur important des chenilles de spongieuse, leur effondrement libère aussitôt l'insecte de cette pression, ouvrant la voie à des pullulations défoliatrices.

Documentée
Détail

Jones, C.G., Ostfeld, R.S., Richard, M.P., Schauber, E.M. et Wolff, J.O. (1998). Chain reactions linking acorns to gypsy moth outbreaks and Lyme disease risk. Science, 279(5353), 1023–1026.

Cette étude a établi pour la première fois la chaîne complète glands-souris-tiques-spongieuse dans les forêts de chênes de l'est des États-Unis, en observant ce qui se passe les années où les glands se font rares : la population de souris à pattes blanches s'effondre, libérant la spongieuse de son principal prédateur de chenilles. La disparition totale du chêne rouge reproduit dès la première année les conditions d'une disette — en plus définitif.

10 ans

D'une année de disette isolée, la forêt passerait à une disette permanente : sans jamais revenir à une glandée abondante pour reconstituer la population de souris et sa pression prédatrice sur les chenilles, les pullulations défoliatrices de spongieuse deviendraient chroniques plutôt que les épisodes ponctuels observés après une seule mauvaise année de glands.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir de Jones et al. (1998) et Ostfeld et al. (2006), qui documentent la disette et la glandée comme un cycle alterné : le raisonnement étend le mécanisme d'une seule mauvaise année à une absence permanente, jamais mesurée sur dix années consécutives dans les sources réunies ici.

Les deux études de référence documentent un cycle qui alterne années de glandée et années de disette — jamais dix années consécutives sans le moindre gland, une situation qui ne s'est jamais produite naturellement dans les forêts étudiées puisque le chêne rouge y est resté présent tout du long.

Ce qui manque pour confirmer : Aucun suivi n'a mesuré la fréquence et l'intensité des pullulations de spongieuse sur dix années consécutives sans aucune glandée.

100 ans

À l'échelle d'un siècle, d'autres arbres à glandée synchronisée présents dans les mêmes forêts — hêtres, caryers — offriraient vraisemblablement un pouls de nourriture partiel aux souris, atténuant sans l'effacer le régime de pullulations chroniques de spongieuse installé depuis la disparition du chêne rouge. Le calendrier bien documenté qui relie glandée, souris et risque de maladie de Lyme resterait durablement décalé, sans jamais retrouver sa régularité d'origine.

Extrapolée
Détail

Extrapolation à partir du régime de glandée synchronisée documenté chez d'autres essences forestières (dont le hêtre, voir Bogdziewicz et al. 2021) et du mécanisme glands-souris-spongieuse établi par Jones et al. (1998) : le raisonnement combine deux mécanismes documentés séparément, jamais mesurés ensemble sur un siècle d'absence du chêne rouge.

La glandée synchronisée n'est pas propre au chêne rouge : hêtres et caryers partagent le même mode de reproduction en pulsations. Aucune étude ne mesure toutefois, dans une même forêt, la part exacte que ces essences pourraient prendre dans le pouls alimentaire des souris une fois le chêne rouge disparu, ni sur combien de temps ce pouls partiel amortirait le régime de pullulations chroniques.

Ce qui manque pour confirmer : Aucune étude ne mesure, dans une même forêt, la contribution relative du hêtre ou du caryer au pouls alimentaire des souris une fois le chêne rouge disparu.

1000 ans

Sur un millénaire, le couvert forestier finirait probablement par se réorganiser autour d'essences qui ne produisent pas de glandées aussi massives ni aussi régulièrement synchronisées que le chêne rouge, comme l'érable. Le calendrier précis qui relie aujourd'hui glandée, souris, tiques et spongieuse ne se reproduirait sans doute plus de la même façon, même si le chêne rouge finissait par recoloniser la région.

Hypothèse